Shishigami

SHISHIGAMI de Céline Astrié

La création sera construite en deux versions : in situ et en salle
Texte : Céline Astrié
Mise en scène et vidéo : Céline Astrié
Scénographie : conception et réalisation par les étudiants de la section DTMS du lycée Urbain Vitry à Toulouse
Lumières : Xavier Lefrançois
Avec : Marie-Charlotte Biais, Audric Chapus, Marcelino Martin-Valiente, Mikal Vidal-Astrié et la participation de Kaman Camara
Attachées de production : Claire Balerdi, Magali Maria
Production : Nanaqui
Co-production : le pôle les Bazis, arts vivants en Couserans, Mix’art Myrys, Théâtre le Ring
Partenaires : Le Théâtre Jules Julien à Toulouse
Soutiens : la DRAC Midi-Pyrénées, la Région Occitanie, Le Conseil Départemental 31, La Ville de Toulouse, la Spédidam (en cours).

SHISHIGAMI //

Le nom de la pièce est emprunté à une figure d’un des films du réalisateur et mangaka japonais Hayao Miyazaki. Le Shishigami c’est le « dieu cerf » du film « Princesse Mononoké ». Il s’agit d’une représentation de la nature sous les traits d’un grand cerf à la ramure gigantesque et à visage humain. Le jour, le dieu parcourt la forêt sous la forme d’un cerf. Au crépuscule, il se transforme en Daidarabotchi « le faiseur de montagne », une créature immense qui se tient debout, au corps liquide et translucide, qui ressemble à la voie lactée ou à une mer immense. Ce dieu ne parle pas, il ne choisit pas non plus, il ne juge pas, il est indifférent à la vie sociale et morale des hommes, qui le craignent parce que c’est un dieu de vie et de mort. C’est le dieu de la forêt et des bêtes sauvages.
J’ai choisi ce nom car le Shishigami est une représentation de la nature. Il s’agit d’une
image, d’une fiction. Ce dieu, qui a les traits d’un homme, nous rappelle que nous faisons partie de lui, mais dans le même temps il ne se réduit à aucun corps, aucune image figée, il change constamment. Il est à la fois proche et lointain, ainsi, il figure également une forme d’altérité absolue, puisqu’il est indifférent à notre morale et à notre logique, il n’est mu par aucun dessein. Il n’a pas de fin. Donner ce nom à la pièce, est une manière de situer ce rapport à la nature comme une construction sensible.

La pièce s’inspire du livre « L’intrus » de Jean-Luc Nancy.

LA PIÈCE //

L’idée générale de la dramaturgie repose sur une fiction à plusieurs registres et supports (théâtre, conférence, documentaire, récit de vie, vidéo, musique). Il s’agit d’un récit à 5 personnages. Le personnage principal est un artiste plasticien d’une cinquantaine d’années, Pierre, qui vient d’apprendre qu’il souffre d’une insuffisance cardiaque terminale. Il n’a plus que quelques mois à vivre, son unique recours est la greffe.
L’action va débuter sur cette nouvelle. L’homme en question annonce sa maladie à un de ses amis les plus proches, André, un grand intellectuel africain. S’en suivra une sorte de parcours initiatique pour le personnage principal autour de ce nouveau rapport à lui-même, au monde que va tisser la proximité avec la mort et la renaissance, la seconde vie qui s’ouvre à lui grâce à la capacité humaine à « contrôler » et transformer le vivant.
L’action se passe au coeur d’une période de forte tension sociale en France. Une France qui s’est entièrement livrée au néo-libéralisme et qui exerce sur la population une pression sécuritaire et liberticide de plus en plus importante en raison d’une menace terroriste et insurrectionnelle.
Durant son parcours, qui va le mener jusqu’à la guérison, Pierre croise la route de plusieurs personnages qui vont déplacer son point de vue et bouleverser son existence. Il fait la rencontre d’Élisabeth, une sociologue chercheuse en biodiversité, au caractère bien trempé, vivant entre Paris et Berlin. Il la croise à l’occasion d’une conférence sur les enjeux éthiques et politiques de l’écologie. Il y retrouve Quentin, le fils d’un couple d’ami. Pierre ne l’a pas vu depuis 15 ans. Une relation quasi filiale s’installe entre eux, pour Pierre notamment qui n’a pas pu avoir d’enfant et qui, au seuil de sa vie, se pose la question de la transmission. Mais, le parcours va se faire en sens inverse.
Quentin et Sophie, la fille d’Elisabeth, vont réveiller une mémoire minorée oubliée et pourtant essentielle : des approches de la vie en commun et de la nature qu’ignorait Pierre. Quentin, qui termine un brillant parcours universitaire en psychologie politique, s’intéresse de près au projet des ZAD et à leur généalogie. C’est un activiste et aussi un soigneur d’âmes qui fait des permanences à l’hôpital dans lequel Pierre est suivi. Alors que Pierre se remet au travail autour d’un projet artistique, son état de santé se dégrade. La situation politique aussi. Le pays connaît d’importantes manifestations qui tournent à l’émeute. Un jour de manif, une violente dispute éclate entre Pierre et Quentin.

A travers cette galerie de personnages et les conflits sociaux et éthiques auxquels ils nous confrontent, il sera donc question d’évoquer une transformation radicale de point de vue sur le monde et sur notre vie en commun. La question de la nature, qui fait soudain irruption dans la vie de Pierre par le biais de la défaillance de son coeur, pose, certes, une question métaphysique, mais elle bouleverse aussi son rapport aux autres et au monde.
Avec le dérèglement climatique engendré par le capitalisme productiviste, nous voyons arriver la nature comme un nouveau sujet social. Aussi, le personnage principal entre dans un devenir au sens deleuzien du terme, un devenir dans lequel bascule notre point de vue.

Céline Astrié