PANDO

PANDO

A l’aune de la crise climatique en cours, un des enjeux majeurs de nos sociétés se situe dans la question de l’habiter et des imaginaires qui constituent nos mondes. Comment habiter la Terre, notre première maison, alors que les activités liées au capitalisme productiviste mondialisé dégradent et mettent en péril l’ensemble du vivant ? Cet enjeu bouleverse nos modes de vie, ainsi que notre rapport à la création artistique. Impulser un changement dans la manière de créer ne peut advenir avec les seuls outils dont nous disposons, qui sont le reflet d’un discours et de fictions humano-centrés. Nous pensons que la culture et les arts ont aujourd’hui pour tâche de repeupler les imaginaires, pour traiter ce que Baptiste Morizot nomme une « crise de la sensibilité » :

l’«appauvrissement de ce que nous pouvons sentir, percevoir, comprendre, et tisser comme relations à l’égard du vivant ». Il s’agit donc de s’inscrire dans une démarche écosophique : une sagesse du milieu, qui contribue à renouveler des liens sensibles avec notre milieu, au lieu d’inventer des représentations qui participent de sa mise à distance. C’est pourquoi nous souhaitons réaliser une expérimentation artistique et culturelle qui (ré-)active des récits qui nous connectent aux territoires habités, physiques et imaginaires, qui nous habitent en retour. Comment le territoire influence-t-il nos manières de vivre, de penser, de rêver ? Comment expérimenter les éléments d’un imaginaire « autochtone » qui ne se réduise pas au folklore, qui ne vise pas non plus une authenticité identitaire fantasmée ? Comment rêver au milieu du monde ?

Pando est le titre d’un projet-récit, qui cherche à expérimenter l’écriture in situ
à travers la création en contexte. Nous souhaitons investir le potentiel du local au moment où ce désir et cette nécessité de repenser nos rapports à l’environnement, au vivant, au travail, à la vie en commun s’imposent à nous. Il ne s’agira pas d’une création pour un lieu, mais d’un tissu de créations et d’actions culturelles dans plusieurs lieux formant une cartographie à la fois géographique, temporelle et sensible nommée Pando.
Pando signifie « je m’étends » en latin, c’est le nom d’un des plus vieux organismes vivant sur terre : un arbre. Ou plutôt une colonie de clones d’un même individu. Une forêt de peupliers qui se démultiplie, recule, avance au gré du climat et des obstacles. Cet organisme aurait plus de 80 000 ans, c’est un mastodonte. Ce titre fait appel à l’imaginaire partagé de la forêt, à la symbolique multiple et universelle de l’arbre, et également à celle du rhizome. Pando figure l’image d’un centre mouvant, car vivant, tissant des liens entre ciel et terre, éléments, mais aussi histoires et mémoires, dans un réseau à la fois souterrain et aérien à la croisée des mondes.

Quand ?
Dans un premier temps, nous avons choisi de créer avec et au cœur de notre lieu de vie, le Tarn (la communauté d’agglomération Gaillac-Graulhet) : un territoire essentiellement agricole, à la lisière entre urbain et rural, peuplé de forêts, de rivières, bordé par des petites montagnes. Notre épicentre sera la ville de Rabastens et son tiers-lieu le pré vert au sein duquel la compagnie est résidente. Partant de ce qui aura été développé et créé sur cette localité, Pando peut se déployer au sein d’autres territoires ; non pas en diffusion, mais en infusion, c’est-à-dire en co-construction avec la structure d’accueil et les partenaires locaux. Créer en infusion pour valoriser des liens sensibles et affectifs avec les lieux, les raconter, les célébrer, nous amener à y devenir attentifs. Créer des liens entre ses habitant.e.s autour d’enjeux de société intergénérationnels et interculturels.

Comment ?
Notre intention est de créer une œuvre-processus. La finalité ne sera plus seulement l’œuvre comme « production », mais le processus partagé qui la produit : faire vivre une expérience, les rencontres entre les lieux, les habitant.e.s, les récits deviendront le tissu de cette dernière avec la mise en œuvre d’un processus qui construira de nouvelles interactions et une nouvelle sociologie de la création à l’échelle « locale » autour de 4 fondements artistiques : le soin, l’habiter, les imaginaires et la mémoire.

La création sera transdisciplinaire et participative, mêlant arts vivants, arts visuels, architecture et design, philosophie et humanités écologiques. Elle sera adossée à tout un programme d’actions artistiques et culturelles, ainsi qu’au travail avec un laboratoire de recherche en études théâtrales (LLA CREATIS de l’UTJ).

Il s’agira d’une création en contexte, qui prendra place au cœur d’espaces non dédiés et de l’espace dit « public ». Il n’est donc pas ici question d’une création en salle. Elle prendra la forme d’un rituel participatif dont la dramaturgie sera tissée par les actions culturelles et les interactions entre l’équipe artistique, les habitant.e.s, les imaginaires liés aux lieux.

Nos 4 fondements artistiques :

Le soin : Comment prendre soin de la terre, régénérer cette dernière en même temps que nos liens au vivant et au monde sensible ?

La mémoire : Que nous transmet un territoire ? Redonner vie à des mémoires oubliées, invisibilisés ou minorisés, s’autoriser à rêver autour, en créant des espaces d’expression, de création, d’écriture.

Les imaginaires : ouvrir la question écologique à des imaginaires positifs, et qui ne soient pas seulement restrictifs. Exhumer des récits locaux autour de figures légendaires et/ou mythologiques, de la mémoire des lieux, ou d’inventer des imaginaires hybrides, en échos à l’interculturalité et aux syncrétismes du territoire, donner forme et force au dialogue interculturel.

L’habiter : Comment les imaginaires peuvent re-tisser des liens entre l’humain et son milieu de vie ? Travailler la question du lieu de production et de diffusion des ateliers et créations qui jalonneront le projet et valoriser l’artisanat et les matériaux locaux bio- et géo-sourcés.

PANDO #1 – SAMHAIN

La première création de Pando aura lieu au moment de Samhain, la fête des morts, à Rabastens dans le Tarn. Elle sera divisée en deux temps. Celui de l’exubérance et du réveil des morts sous forme création et de carnaval-procession dans la Ville de Rabastens au sein de laquelle nous mettrons en scène différents personnages. Puis, celui intimiste du recueillement autour d’un autel élaboré en commun et d’une installation visuelle et sonore ritualisée faîte de témoignages au cœur d’une maison hantée. Cette première création sera le moyen d’aborder collectivement la question de la mort, mais également du rôle de la mémoire.

Visuel : Nadia Von F.